COLLOQUE FINAL : 23, 24, 25 MAI 2018

Descriptif et présentation


Colloque International Collab, 23-24-25 mai 2018 : Financement participatif : les nouveaux territoires du capitalisme?

Ce colloque international inscrit dans le programme de recherche Collab, porté par les laboratoires CEMTI (Université Paris 8) et Crem (Université de Lorraine), financé par l’ANR, invite à questionner les plateformes qui font appel à la « foule » pour produire collectivement des données (crowdsourcing) ou pour financer des contenus (crowdfunding).
Organisé sur deux journées, les 24 et 25 mai à l’université de Lorraine à Metz, cet événement sera l’occasion de présenter les principaux résultats  du programme de recherche Collab en les confrontant à d’autres domaines de recherches et aux activités professionnelles actuelles. L’enjeu est d’interroger les effets de démocratisation et de diversification culturelle promis par ces plateformes, les possibles mutations sociales, culturelles et économiques qu’elles dessinent tant en France qu’en Europe ou encore dans les pays des « Suds » (Afrique, Amérique latine).

Les plateformes de production et de financement participatifs deviennent-elles de nouveaux intermédiaires alternatifs ou, au contraire, contribuent-elles au renforcement de logiques industrielles mondialisées, sous couvert de l’empowerment et de la « créativité » des usagers et des citoyens ? Si ces plateformes d’intermédiation sont l’objet de discours prosélytes, laudatifs et positivistes de la part de nombreux acteurs du numérique, elles sont aussi l’objet de discours, de commentaires et d’analyses critiques.

Il s’agira alors de mettre ces discours en perspective et de se demander dans quelle mesure les plateformes dessinent, voir transforment, les frontières entre producteurs, financeurs et consommateurs, entre travail et  loisir, entre amateur et professionnel, entre local, national et international, entre médiatisation et journalisme.
Ce colloque réunira une vingtaine de chercheurs en sciences sociales provenant d’universités françaises, québecoises, américaines, britanniques et portugaises. Il sera précédé d’un séminaire « pré-colloque » organisé par Jacob Matthews le mercredi 23 mai à l’université de Lorraine à Metz.

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Programme


23 mai 2018 : Précolloque “Platform swindles, platform struggles, arnaques et luttes sur les plateformes web.

  • 10h00 – 12h00 : The Legacy of Anonymous and the Public Disclosure Hack and Leak

Intervenante : Gabriella Coleman, McGill University Montreal
Discutant/e/s : Sébastien Appiotti, Université Paris 8  + Noemie Oxley, AUP

  • 13h30 – 15h30 : Leaktivism and its Discontents: #DCLeaks, #DNCLeaks, #CIALeaks

Intervenant/e : Athina Karatzogianni, University of Leicester
Discutant/e/s : Avi Mizrahi, AUP + David Pucheu, Université Bordeaux 3

  • 16h15 – 18h15 : Dinosaurs will die. Le DIY punk de 1977 à 2017

Intervenant : Alexander Neumann, Université Paris 8
Discutant/e/s : Alix Bénistant, Université Paris 8 + Jean-Matthieu Méon, Université de Lorraine

 

24 & 25 mai 2018 : Colloque international “ Financement participatif : les nouveaux territoires du capitalisme?”

> JOUR 1 : JEUDI 23 MAI

10h00 – 11h00 : Keynote 1 = Les plateformes de Crowdsourcing/Crowdfunding, pratiques et enjeux par Vincent Rouzé, (Univ. Paris8, CEMTI).

11h00 – 13h00 : Session 1 = Crowdfunding, communautés et expérience?
Modération: Jacob Matthews (Paris 8, CEMTI)

  1. 11H-11H30 Brice Nixon (Univ. Pensylvania, USA)
  2. 11H30-12H David Gehring et D.E. Wittkower (Old Dominion Univ, USA)
  3. 12H- 12H30 Caterina Foa (Lisboa Univ, Lisbonne)
  4. 12h30-13h Sébastien Appiotti (Paris8, CEMTI)

13h00 – 14h00 : PAUSE

14h00 – 16h00 : Session 2 = Économie politique du journalisme à l’heure du financement participatif

Modération: Marc Kaiser (IUT Montreuil/CEMTI)

  1. 14h-14h30 Loïc Ballarini (Univ. Lorraine / CREM)
  2. 14h30-15h Michel Senecal (Université TÉLUQ, CRICIS),
  3. Anne Marie Brunelle (UQAM/CRICIS)
  4. 15h30-16h Frank Rebillard (Irméccen – Université Sorbonne Nouvelle Paris 3)

16h00 – 16h30 : PAUSE

16h30 – 18h00 : Session 3 = Le financement participatif face aux territoires
Modération: Jeremy Vachet (Univ. Leeds, UK)

  1. 16h30-17h00 Arnaud Anciaux (UQAM/CRICIS) / Philippe-Antoine Lupien (UQAM/CRICIS)
  2. 17h00-17h30 Alix Bénistant (Paris 8, CEMTI)
  3. 17h30-18h00 Gaëlle Crenn, (Université de Lorraine, Crem)

19h00 : GALA

> JOUR 2 : VENDREDI 24 MAI

9h30 – 10h30 : Keynote 2 = Économie solidaire/suds par Christiaan de Beukelaer (Univ. de Melbourne, Australia)

10h30 – 12h30 : Session 4 = crowdfunding: une alternative?
Modération:  Linda Hamdi-Kidhar ( Toulouse Business School)

  1. 10H30-11H Stéphane Costantini (Paris13, LabSic)
  2. 11H30- 12H Jacob Matthews (Paris8, CEMTI)
  3. 4. 12h-12h30: Jeremy Vachet (Leeds Univ, UK)

12h30 – 13h30 : PAUSE

13h30 – 14h30 : Keynote 3 = Travail/loisir; digital labor, économie de l’attention? par Andrew Leyshon (Univ Nottingham, UK)

14h30 – 16h30 : Session 5 = Communication, discours, idéologies
Modération: Vincent Rouzé (Paris8, CEMTI)

  1. 14h30-15h: Manuel Dupuy-Salle (Lyon2, ELICO)
  2. 15h-15h30 Marine Jouan (Telecom ParisTech)
  3. 15h30-16h30 : Éric George(UQAM/CRICIS), Simon Claus(UQAM/CRICIS) et Svet Doytchinov (UQAM/CRICIS)

17h00 – 18h00 : SYNTHÈSE par David Pucheu (Bordeau 3, MICA)

Liste des participant(e)s


Arnaud Anciaux (UQAM/CRICIS, Canada)
Sébastien Appiotti (Paris 8/CEMTI)
Loïc Ballarini (Univ. Lorraine/CREM)
Alix Bénistant (Paris 8/CEMTI)
Christiaan de Beukelaer (Melbourne Univ., Australia)
Anne Marie Brunelle (UQAM/CRICIS, Canada)
Simon Claus (UQAM/CRICIS, Canada)
Gabriella Coleman (McGill, Canada)
Stéphane Costantini (Paris 13/LabSIC)
Gaëlle Crenn, (Univ. Lorraine/CREM)
Svet Doytchinov (UQAM/CRICIS, Canada)
Manuel Dupuy-Salle (Lyon 2/ELICO)
Caterina Foa (Lisboa Univ., Portugal)
David Gehring (Old Dominion Univ, USA)
Éric George (UQAM/CRICIS, Canada)
Linda Hamdi-Kidhar (Toulouse Business School)
Marine Jouan (CNRS/Telecom Paritech)
Marc Kaiser (Paris 8/CEMTI)
Athina Karatzogianni (University of Leicester, UK)
Andrew Leyshon (Univ Nottingham, UK)
Philippe-Antoine Lupien (UQAM/CRICIS, Canada)
Jacob Matthews (Paris 8/CEMTI)
Alexander Neumann (Paris 8/CEMTI)
Brice Nixon (Univ. Pensylvania, USA)
David Pucheu (Bordeaux 3, MICA)
Frank Rebillard (Paris 3/CIM)
Vincent Rouzé (Paris 8/CEMTI)
Michel Sénécal, (TÉLUQ/CRICIS, Canada)
Jeremy Vachet (Univ. Of Leeds, UK)
D.E. Wittkower (Old Dominion Univ., USA)

Comité d’Organisation


  • Loïc Ballarini (MCF, Univ. Lorraine, CREM)
  • Vincent Rouzé (MCF, Univ. Paris8 , CEMTI)
  • Jacob Matthews (Prof. Univ. Paris8 , CEMTI)
  • Marc Kaiser (MCF, Univ. Paris8 , CEMTI)
  • Stéphane Costantini (Docteur, Ingénieur de recherche Projet ANR Collab)
  • Hélène Falgayrettes (Coordinatrice organisation Colloque)
  • Doctorants du Crem
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Colloque International Collab, 23-24-25 mai 2018 : Financement participatif : les nouveaux territoires du capitalisme?

geometry-3127504__340.jpgDescriptif et présentation

Ce colloque international inscrit dans le programme de recherche Collab, porté par les laboratoires CEMTI (Université Paris 8) et Crem (Université de Lorraine), financé par l’ANR, invite à questionner les plateformes qui font appel à la « foule » pour produire collectivement des données (crowdsourcing) ou pour financer des contenus (crowdfunding).
Organisé sur deux journées, les 24 et 25 mai à l’université de Lorraine à Metz, cet événement sera l’occasion de présenter les principaux résultats  du programme de recherche Collab en les confrontant à d’autres domaines de recherches et aux activités professionnelles actuelles. L’enjeu est d’interroger les effets de démocratisation et de diversification culturelle promis par ces plateformes, les possibles mutations sociales, culturelles et économiques qu’elles dessinent tant en France qu’en Europe ou encore dans les pays des « Suds » (Afrique, Amérique latine).

Les plateformes de production et de financement participatifs deviennent-elles de nouveaux intermédiaires alternatifs ou, au contraire, contribuent-elles au renforcement de logiques industrielles mondialisées, sous couvert de l’empowerment et de la « créativité » des usagers et des citoyens ? Si ces plateformes d’intermédiation sont l’objet de discours prosélytes, laudatifs et positivistes de la part de nombreux acteurs du numérique, elles sont aussi l’objet de discours, de commentaires et d’analyses critiques.

Il s’agira alors de mettre ces discours en perspective et de se demander dans quelle mesure les plateformes dessinent, voir transforment, les frontières entre producteurs, financeurs et consommateurs, entre travail et  loisir, entre amateur et professionnel, entre local, national et international, entre médiatisation et journalisme.
Ce colloque réunira une vingtaine de chercheurs en sciences sociales provenant d’universités françaises, québecoises, américaines, britanniques et portugaises. Il sera précédé d’un séminaire « précolloque « organisé par Jacob Matthews le mercredi 23 mai à ‘l’université de Lorraine à Metz.

Programme

Résumés des communications

Lieu

Université de Lorraine, Metz

Liste des participant(e)s

Arnaud Anciaux (UQAM/CRICIS, Canada)
Sébastien Appiotti (Paris 8/CEMTI)
Loïc Ballarini (Univ. Lorraine/CREM)
Alix Bénistant (Paris 8/CEMTI)
Christiaan de Beukelaer (Melbourne Univ., Australia)
Anne Marie Brunelle (UQAM/CRICIS, Canada)
Simon Claus (UQAM/CRICIS, Canada)
Gabriella Coleman (McGill, Canada)
Stéphane Costantini (Paris 13/LabSIC)
Gaëlle Crenn, (Univ. Lorraine/CREM)
Svet Doytchinov (UQAM/CRICIS, Canada)
Manuel Dupuy-Salle (Lyon 2/ELICO)
Caterina Foa (Lisboa Univ., Portugal)
David Gehring (Old Dominion Univ, USA)
Éric George (UQAM/CRICIS, Canada)
Linda Hamdi-Kidhar (Toulouse Business School)
Marine Jouan (CNRS/Telecom Paritech)
Marc Kaiser (Paris 8/CEMTI)
Athina Karatzogianni (University of Leicester, UK)
Andrew Leyshon (Univ Nottingham, UK)
Philippe-Antoine Lupien (UQAM/CRICIS, Canada)
Jacob Matthews (Paris 8/CEMTI)
Alexander Neumann (Paris 8/CEMTI)
Brice Nixon (Univ. Pensylvania, USA)
David Pucheu (Bordeaux 3, MICA)
Frank Rebillard (Paris 3/CIM)
Vincent Rouzé (Paris 8/CEMTI)
Michel Sénécal, (TÉLUQ/CRICIS, Canada)
Jeremy Vachet (Univ. Of Leeds, UK)
D.E. Wittkower (Old Dominion Univ., USA)

Comité d’Organisation

  • Loïc Ballarini (MCF, Univ. Lorraine, CREM)
  • Vincent Rouzé (MCF, Univ. Paris8 , CEMTI)
  • Jacob Matthews (Prof. Univ. Paris8 , CEMTI)
  • Marc Kaiser (MCF, Univ. Paris8 , CEMTI)
  • Stéphane Costantini (Docteur, Ingénieur de recherche Projet ANR Collab)
  • Hélène Falgayrette (Coordinatrice organisation Colloque)
  • Doctorants du Crem

 

 

Enquête sur les usages du Crowdsourcing et du Crowdfunding (partie 3) – Les contributeurs – par V. Rouzé et S. Costantini

Accès direct :
Partie 1 (internautes)
Partie 2 (porteurs de projets)

Focus : contributeurs

Introduction

Cette troisième partie du questionnaire (Voir la présentation et le protocole de l’enquête ici) visait précisément à connaître et comprendre les pratiques des financeurs et de  contributeurs dans les campagnes de financement participatif. De fait, l’acception anglaise parle de « foule » et invisibilise alors les personnes qui contribuent dans un ensemble prétendument homogène. Pourtant, les porteurs de projets autant que les plateformes savent très bien que les participants et les financeurs sont tout sauf homogènes. La règle des trois cercles en témoigne. De même les entretiens avec les porteurs de projets montrent bien que cette « foule » est tout sauf anonyme et que dans la majorité des cas, ces membres appartiennent à la famille ou aux amis proches et éloignés.

Passé ce premier point, il nous importait alors de mieux saisir les motivations, le pourquoi et le comment du financement. Quelles sont leurs motivations, comment choisissent-ils les projets soutenus? comment se répartissent-ils sur le territoire?

Ces questionnements font suite à d’autres travaux portant sur la production participative telles que ceux de Brabhan (2009) ou encore la thèse de Yannig Roth (2015). Chacun d’eux montre que les principales motivations sont de valoriser et faire partager ses créations, de montrer ces compétences, de participer à un projet commun et le voir aboutir, le goût du défi et la stimulation intellectuelle.

L’enjeu est alors ici de voir si ces catégorisations s’appliquent dans le cadre du financement ou non. Dans quelle mesure la communauté participe et vise à valoriser un projet? Quels en sont les ressorts? comment se constitue cette communauté en amont ou avec le projet?  L’hypothèse est que les motivations ou les freins qui animent ces contributeurs sont possiblement d’ordres différents (un simple attachement familial?) que ceux déjà étudiés.

Qui sont les contributeurs?

Le panel des contributeurs à des campagnes de crowdfunding est légèrement plus masculin que les deux autres panels (55% d’hommes et 45% de femmes), et d’un âge médian similaire au panel des porteurs de projet (35 ans).

 

La répartition en termes de CSP est similaire aux deux autres panels (une majorité d’employés, de cadres et professions intermédiaire).
 CSP-contrib

Une disparité géographique?

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Q41-CarteFR-legende

 

 

 

 

 

Si les principaux contributeurs se situent dans les zones urbaines, d’autres, moins nombreux se situent en périphérie et dans les zones rurales. La distinction qui s’opère repose sur le montant moyen donné largement supérieur chez les urbains que chez les ruraux. Le montant moyen donné contributeurs pour le financement d’un projet de CF se situe entre 10 et 50 euros. Toutefois, la distribution spatiale de ces donateurs laisse entrevoir que les grands donateurs (plus de 100€) se situent au sein des grandes métropoles, quand les plus petits donateurs se trouvent davantage dans les zones rurales.

 

Le choix des projets: préférences personnelles ou sociales?

 

Q42

Une grande majorité des dons des contributeurs interviewés a financé des projets entrepreneuriaux et musicaux. Viennent ensuite les projets littéraires et audiovisuels. On peut noter dans ce cadre que plus de la moitié des dons vont au financement de projets provenant des industries culturelles « historiques » (sans compter que les projets entrepreneuriaux peuvent également comprendre la création de produits ou de services émanant de ces industries).

 

Motivations des contributeurs

Q43

Cette distribution semble également consistante avec les motivations des contributeurs quant au financement du projet : celles-ci privilégient en premier lieu « l’idée » du projet et son originalité, ce qui parait cohérent avec le financement d’un produit ou service innovant, ou d’un bien culturel (industrie de prototype).

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Pour une bonne majorité des répondants, le crowdfunding est la première occasion de participer au financement d’un projet culturel. On note également que le montant des dons des personnes ayant déjà participé à ce type de financement « hors ligne » est tout à fait semblable à ceux des dons via une plateforme.

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Les principaux modes d’accès et de partage des informations relatives aux projets financés par le CF sont les réseaux amicaux et familiaux, par l’intermédiaire des réseaux socionumériques ou non. Les réseaux sociaux (facebook, twitter) restent néanmoins le véhicule privilégié de ces informations, renforçant ici encore le rôle de la communication pour le CF (à la fois sous l’angle des usages, des expériences et des compétences qui y sont relatives). On note également la forte propension de ces internautes à partager des informations sur des projets de CF, même quand celui-ci n’est pas financé.

Enquête sur les usages du Crowdsourcing et du Crowdfunding (partie 2) – Les porteurs de projets. par V Rouzé et S. Costantini

Accès direct :
Partie 1 (internautes)
Partie 3 (contributeurs)

Focus : Porteurs de projets

Introduction

Cette seconde partie du questionnaire (Voir la présentation et le protocole de l’enquête ici) visait précisément à connaître et comprendre les pratiques, les motivations et l’opinion des porteurs de projet. Si les plateformes donnent à voir de nombreuses données telles que les catégories de projets, leur taux de réussite, les montant demandés, elles ne disent pas grand chose sur les pratiques « externes » des porteurs de projets. Nous avons mené des entretiens préalables avec des porteurs de projets, ce qui nous a permis d’esquisser quatre types de profils. (Amateur, Professionnel, Carriériste, Socio-professionnel).

L’enjeu de ce questionnaire était d’obtenir une systématisation plus large validant les entretiens sélectifs sur ces pratiques; Nous nous sommes ainsi interrogés sur les raisons qui poussent à choisir telles ou telles plateformes, quelles sont les activités menées en amont et en aval du projet, quel temps lui était consacré, quelles compétences étaient requises… L’enjeu est ici de croiser ces données avec d’autres recherches menées sur les motivations des contributeurs dans le cadre de réponses à projets englobés sous l’étiquette parapluie de « crowdsourcing ».

Qui sont les porteurs de projets?

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Le panel de répondants à cette partie de l’enquête est constitué à 61% de femmes et 39% d’hommes, d’un âge médian de 35 ans. On retrouve chez les porteurs de projets interrogés une majorité d’employés, de cadres et de professions intermédiaires. Contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, peu de professions libérales ou indépendants/demandeurs d’emploi en reconversion s’engagent dans le montage d’une campagne de CF.

Le choix des plateformes ?

Q23

Une grand majorité des répondants (62%) ont utilisé les deux grandes plateformes françaises Ulule et KissKissBankBank. Ulule à elle seule domine avec 36% des projets. A noter la présence non négligeable de la plateforme Kickstarter (16%) dans les campagnes, alors que celle-ci est largement méconnue de l’ensemble des internautes français interrogés (8%).

Les raisons mises en avant pour justifier le choix de la plateforme concordent avec cette répartition : recommandation de l’entourage (38%) et renommée de la plateforme (37%). Elles renforcent les effets de réseaux (winner takes all) propres aux plateformes numériques sur internet.

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Avec un taux de réussite de 43%, le panel interviewé se place dans la moyenne des études déjà réalisées sur le CF.

En accord avec les précédentes enquêtes sur le CF, les principaux financeurs sont la famille/proches et les connaissances du porteur de projet – soit les deux premiers cercles sociaux directement mobilisables par ces derniers, le « troisième cercle », constitué de personnes inconnues, reste relativement intouché, ne comptant en majorité que pour 10 à 20% des financements. Les institutions sont très largement absentes des financements de ces campagnes, ou ne financent qu’à la marge les projets concernés ici.

Investissement et travail

Temps passé

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Le temps consacré à la campagne (de sa préparation à sa communication) excède généralement 5 heures par semaine, en particulier pour les campagnes qui ont été fructueuses. On perçoit ici l’aspect particulièrement chronophage des campagnes. Presque 30% des campagnes qui ont réussi ont ainsi nécessité l’équivalent d’un mi-temps de travail hebdomadaire. A L’inverse, on remarque que 54% des campagnes qui ont bénéficié de moins de 5 heures par semaine ont échoué.

Compétences et nouvelles compétences

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La tenue d’une campagne de CF nécessite de nombreuses compétences, en tête desquelles figurent les compétences communicationnelles et organisationnelles. Une partie (relativement faible) des répondants ont par ailleurs reçu de l’aide des plateformes pour mener à bien leur campagne, notamment de l’assistance informatique et graphique pour la mise en place et la présentation du projet sur les plateformes.

Quelques-unes ont pu également bénéficier d’un mise en avant du projet sur la plateforme, ou de la mise en relation avec un de leurs partenaires, pratique de plus en plus en vogue chez les plateformes dominantes afin de maximiser la réussite de certains projets, mais également les retombées communicationnelles de la plateforme (par « promotion croisée »). Dans le graph ci-dessus, on perçoit combien ce type d’aide peut être décisive dans la réussite d’un projet, et par la même occasion, l’importance des choix éditoriaux de la plateforme.

Des guides et des kits : un exemple à suivre?

 

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On perçoit en filigrane la nécessité des compétences communicationnelles, notamment dans le montage et l’édition de vidéos. Aussi, 69% des porteurs de projets n’ayant pas obtenu les fonds sollicités n’ont également pas produit de vidéos pour communiquer sur leurs projets. A l’inverse 58% ayant réussi leur campagne ont effectivement crée des vidéos, ce qui tend à montrer d’une part l’utilité des vidéos comme support de communication, mais également les divergences de perception ex-ante quant à l’utilité effective de ces vidéos.

On voit également qu’une grande partie des répondants ont dû avoir recours à un guide ou à l’aide d’autres personnes afin de mener leur campagne, ce qui renforce l’hypothèse de la nécessité de compétences spécifiques (principalement communicationnelles et organisationnelles), que les porteurs de projets ne possèdent pas toujours…

La logique du don-contre/don en question

Globalement, les contreparties sont perçues comme utiles pour les porteurs de projet, ce qui peut indiquer la prévalence du modèle du don/contredon pour les campagnes de financement participatif, ou de son utilisation comme un système de pré-vente par les porteurs de projet.

 

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Par ailleurs, les avis apparaissent plutôt partagés quant à la propension du crowdfunding à produire de la sociabilité dans le cadre personnel ou professionnel. Ce point rejoint la question précédemment évoquée sur les cercles sociaux principalement mobilisés dans le cadre de leur campagne de crowdfunding : la majorité des porteurs de projet ayant fait appel dans ce cadre à leur proches ou à des connaissances, mais ayant peu ou moins réussi à mobiliser un « troisième cercle » d’internautes inconnus, on comprend mieux la tendance mitigée de ces derniers à élargir leur réseau grâce aux vertus supposées (ou du moins prétendues) du financement participatif.

Une expérience à renouveler?

Enfin, on peut percevoir, par le biais de ce dernier diagramme, que les volontés de financement via le crowdfunding apparaissent comme relativement faibles a posteriori (sachant que les contributeurs seraient prêts à 83% à faire financer un projet via le CF).

 

Partie 3 (contributeurs)

Enquête sur les usages du Crowdsourcing et du Crowdfunding (partie 1) – Les Internautes par V. Rouzé et S. Costantini

Accès direct :
Partie 2 (porteurs de projets)
Partie 3 (contributeurs)

Focus Internautes : Usages d’internet et des réseaux sociaux, connaissance du crowdfunding (financement participatif), du crowdsourcing (productions  collectives de contenus)

Introduction

Cette première partie du questionnaire (Voir la présentation et le protocole de l’enquête ici) visait précisément à connaître et comprendre les pratiques des internautes, qu’ils soient impliqués ou non dans les logiques de crowdfunding et crowdsourcing culturel. L’enjeu étant ici de dessiner le contexte et les usages des Internautes dans et en  dehors de ces plateformes spécifiques tout en les incluant dans un contexte de pratiques numériques plus larges. Si de nombreuses données et études existent et sont régulièrement menées sur les français et Internet (INSEE, CREDOC DEPS) ou sur l’usage des plateformes (des données chiffrés portent majoritairement sur les réseaux sociaux et fleurissent de par en par sur Internet ( i.e le blog perspectives-communication) ; au delà de la problématiques de l’origine des sources qui ne sont pas toujours mises en évidence, ces données sont le plus souvent l’émanation d’agences de publicité, de marketing et de communication (exemple1, exemple2) ou des plateformes elles-mêmes) ,  il convenait ici de les (in)valider dans un contexte de recherche particulier.  Avant de dessiner les traits des acteurs des plateformes, nous voulions également inviter les « personnes ordinaires » dans le débat (en dehors de toute implication directe) et connaître leurs usages et opinions. Nous nous sommes demandés quelles étaient leurs activités sur Internet ? Publient ils des données? si oui, sur quels types de supports? Nous voulions ensuite tenter de mesurer la place du financement participatif et de la production collaborative chez ces internautes et mesurer l’impact que ces phénomènes pourraient avoir sur la production et la valorisation culturelle sans y être directement impliqué. Comment considère-t-on les phénomène de crowdsourcing et de crowdfunding? Est-on capable de les définir et d’en cerner les contours? Les voit-on comme un moyen d’accroître la diversité culturelle, comme des alternatives aux industries culturelles, à l’implication des politiques culturelles de l’État. Autant de questions et d’hypothèses que nous présentons ici.

Des internautes multi-connectés, producteurs/consommateurs (Prosumers)

 

 

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Les répondants interrogés sont dans l’ensemble très connectés sur les réseaux sociaux et plus largement sur internet : plus de 80% ont une page Facebook et la moitié possèdent un compte sur les réseaux professionnels. Leur activité de publication, à titre personnel ou professionnel est assez soutenue mais revêt une distinction importante. L’exploitation quotidienne de son compte dans un contexte privé donne lieu majoritairement à la publication de photos. Tandis que les publications dans un usage professionnel sont essentiellement en lien avec l’actualité.

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On constate chez les répondants interrogés un suivi des actualités culturelles forte, corrélée à une pratique artistique soutenue (de consommation et/ou de création).

Ces pratiques font résonance avec une activité de publication de production personnelle relativement forte (presque 35%), avec une majorité de productions écrites (démocratisation de l’écrit sur le web ?). Leurs activités de production et de diffusion audiovisuelle et musicale sont également soutenues (respectivement 21 et 22% des répondants).

Crowdfunding,  Crowdsourcing, vous connaissez?

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Les répondants sont nombreux à donner une définition du CF et à connaître le procédé et ces plateformes (86%) , y compris pour les personnes n’ayant ni participé à ni conduit .une campagne de financement participatif (75%). Ce qui montre que la médiatisation, les nombreux discours politiques et le bouche à oreille fonctionnent à plein en vue de valoriser ce type de dispositif.

Plus précisément, le financement participatif est associé à deux grandes thématiques; Le graphe analysant les similitudes des définitions données du CF (question ouverte) montre l’homogénéité des réponses : on retrouve un bloc lexical principal de termes autour de la notion de projet et du financement en ligne. Les exemples donnés majoritairement sont l’aide à la création artistique (bloc bleu) ou à la création d’entreprise par un particulier (bloc vert)

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Les répondants sont en revanche beaucoup moins nombreux à connaître le CS et son principe (création de contenus/résolution de problèmes par une participation collective), et à émettre le distinguo avec le crowdfunding (à peine 19%). Ce ratio est encore plus fort chez les « non-initiés », avec moins de 10 % de réponses. Ce qui renforce l’idée précédente concernant les effets de la médiatisation et les effets de la « pédagogie » engagées par les acteurs politiques, économiques et sociaux. Le crowdsourcing étant aujourd’hui en voie d’intégration dans les stratégies des industries culturelles comme forme de concours et de ce fait devenu moins visibles car non relayés médiatiquement et politiquement; On lui préfère la dimension économique et financière.

Les principales plateformes connues par les internautes sont les deux dominantes françaises dans le domaine culturel, Ulule et KissKissBankBank, et concentrent à elles deux la moitié des réponses données. Le dispositif de cagnotte en ligne Leetchi (assimilable à du CF) est cité en troisième, devant Kickstarter (le premier site mondial de CF) ou encore MyMajorCompany (première plateforme à s’être historiquement implantée en France, aujourd’hui fermée). On note également près de 25% de réponses citant des plateformes de taille plus restreintes ou spécialisées, signe de l’éclatement des pratiques mais aussi de la multiplicité des plateformes et leur spécialisation.

Le crowdfunding ou financement participatif: l’avenir de la culture?

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Les différentes panels interrogés sont relativement d’accord sur le fait que le CF soit un phénomène nouveau, et qu’il est assez aisé d’obtenir des financements de la sorte.

Ils ont un point de vue favorable quant à la possibilité pour les projets culturels d’obtenir une meilleure visibilité, et que dans ce sens ils contribuent à assurer de la diversité culturelle.

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Toutefois, les panels interrogés sont relativement partagés vis-à-vis des enjeux du crowdfunding en tant que réponse au financement de la culture. Si les porteurs de projets sont davantage convaincus des bienfaits du CF, une majorité reste dubitative sur son rôle, notamment au regard de sa possible substitution du financement public ou du mécénat.

L’analyse lexicographique des réponses justifiant leurs opinions laisse apparaître ces divergences, en les découpant en trois groupes lexicaux bien séparé : un premier regroupant les notions du projet et de son porteur (artiste, entrepreneur souhaitant des moyens de financement), un second autour du financement (des différentes sources), et un troisième autour de l’État (dont la place est importante, du besoin des collectivités qu’il faut au contraire développer).

Partie 2 (porteurs de projets)

Enquête sur les usages du Crowdsourcing et du Crowdfunding (introduction) par V. Rouzé et S. Costantini

Accès direct :
Partie 1 (internautes)
Partie 2 (porteurs de projets)
Partie 3 (contributeurs)

Contexte général

Cette enquête a été menée et s’inclut dans le cadre du projet de recherche Collab financé par l’Agence Nationale de la Recherche. Le caractère innovant de ce projet multi-face est d’analyser des mutations des modalités de production, de valorisation, tout en montrant comment les logiques d’intermédiation appellent à une hybridation des tâches, des acteurs et des compétences, de proposer une étude comparative inédite à l’échelle nationale et internationale (Terrains en Afrique et en Amérique latine), d’analyser et comprendre les processus de médiatisation et de légitimation du phénomène tout en participant aux débats publiques sur le financement de la culture.

Protocole et Méthodologie

Cette enquête s’est déroulée en deux phases :

  • Une première phase « beta-test » (de janvier à avril 2017), durant laquelle le questionnaire a été lancé et testé à partir du site internet Collab, et diffusé par les membres du projet. Cette première phase a permis de collecter des données de 360 répondants francophones (incluant la Tunisie, le Sénégal, le Canada). Initialement proposés en 3 langues (français, anglais, espagnol), les questionnaires disponibles et administrés en ligne visaient une dimension internationale comparative. Face aux difficultés rencontrées, aux taux de réponses peu significatifs (38 en anglais, 24 en espagnol) et après concertation avec plusieurs instituts ne pouvant garantir l’homogénéité des échantillons, invalidant toute dimension comparative, nous nous sommes concentrés sur la France.
  • Une seconde phase durant laquelle le questionnaire a été auto-administré en ligne (sur Internet, via la méthode CAWI), auprès d’internautes appartenant à l’Access-Panel de la société « Made in Surveys » (certifié Esomar), via sa business unit « Creatests ». Le questionnaire a été diffusé sur les sites Internet de cette société du vendredi 4 août 2017 au vendredi 29 septembre 2017.

L’échantillon final est composé de 1091 interviewés, âgés de 18 à 66 ans, de toutes catégories socio-professionnelles, résidant en France métropolitaine. Afin de toucher à la fois les acteurs du financement participatif (porteurs de projets, les financeurs) mais également celles et ceux qui n’en sont pas familiers, notre échantillon total se répartit en trois groupes représentatifs:

Groupe 1 : 312 interviewés ayant été porteurs de projets de crowdfunding (quel que soit le projet). Soit 312 personnes ayant déjà fait financer (ou essayé de faire financer) un ou plusieurs projets.

Groupe 2 : 446 interviewés ayant déjà contribué à des projets de crowdfunding (quel que soit le projet et le montant de leur contribution). Soit 446 personnes ayant déjà contribué au financement d’un ou plusieurs projets.

Groupe 3 : 424 interviewés n’ayant jamais financé ou créé de projet de crowdfunding. Dont 194 personnes n’ayant jamais entendu parler du crowdfunding, et 230 ayant déjà entendu parler du crowdfunding mais n’y ayant jamais pris part.

Le questionnaire

Au regard des groupes différenciés, le questionnaire proposé se devait d’être adapté à cette contrainte. Il se décompose ainsi en trois parties.

  • une première « généraliste » destinée de façon indifférenciée aux trois groupes (G1-G2-G3) mesurant les pratiques Internet quotidiennes.

  • une seconde « porteurs de projet » destinée plus spécifiquement aux porteurs de projets (G1) visant à mieux saisir les motivations et les activités menées pour mener une campagne de financement (que celle-ci soit une réussite ou un échec)

  • une troisième dédiée plus spécifiquement aux « financeurs » (incluant possiblement aussi les porteurs de projets) (G2-G1) afin de mieux saisir qui ils sont, quelles sont (ou non) les motivations et engagements qui poussent à financer tel ou tel projet.

Les déterminants socio-géo-démographiques

A la lecture de nombreuses études liées aux usages d’Internet et du numérique (INSEE, CREDOC DEPS), plusieurs variables sont systématiquement mobilisées comme discriminantes. Dans le cadre de cette étude, nous en avons retenu 4 principales: le sexe,  l’age, la Catégorie Socioprofessionnelle, la répartition géographique. Afin de respecter une répartition assez équilibrée de ces variables et leur représentativité,, la méthode des quotas a été utilisée, sans redressement statistique.

1. Sexe

La répartition des répondants en termes de sexe est en moyenne plutôt féminine, ce qui correspond à la répartition femme/homme de la population française (Source INSEE)

  • 446 hommes (41%) et 645 femmes (59%) ;

2. Ages

Concernant la variable d’age, 4 tranches d’age ont été retenues, recoupant la catégorisation générationnelle (X, Y, Z). Dans notre étude, la répartition en terme d’âge respecte un équilibre entre les différentes catégories puisque l’échantillon est composé de :

  • 293 interviewés de 18 à 29 ans (27%) ;
  • 333 interviewés de 30 à 39 ans (31%) ;
  • 244 interviewés de 40 à 49 ans (22%) ;
  • 221 interviewés de 50 à 66 ans (20%).

Le panel de répondants à cette enquête est en moyenne plutôt féminin, d’un age médian de 37 ans.

repartition age

3. Catégories socio-professionnelles

La troisième variable mobilisée est la CSP (Catégorie Socio-Professionnelle) donnant ainsi une première estimation du niveau de vie de l’échantillon et de leur possible participation sur les plateformes participatives culturelles. On remarque alors que ce ne sont pas les catégories des cadres et professions intellectuelles supérieures et intermédiaires qui dominent mais celles des employés. De manière plus large, cette répartition selon les CSP montre que loin de les effacer ou de les rendre homogènes (idéologie inhérente au terme critiquable « crowd » ou « foule » en français), les plateformes de financement participatif et leurs acteurs ne suppriment nullement les inégalités numériques et les inégalités d’usages relatives à l’appartenance à une classe sociale particulière.

CSP-ALL

4. Répartition Géographique

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mapimage-légende

La quatrième variable est celle du lieu de résidence, visant à comprendre la répartition des acteurs du financement participatif sur le territoire français.  Notre échantillon montre une répartition relativement homogène sur le territoire français. Si nous retrouvons une donnée connue  établissant que les principaux acteurs (porteurs de projets et financeurs) se situent majoritairement dans les grandes métropoles urbanisées, notre étude fait apparaître également l’importance d’une participation depuis les villes de moindres densité et celles des zones rurales.

Accédez à la première partie de l’enquête (internautes)

Les enjeux de la valorisation et du financement participatif

Colloque International Collab, 24-25 mai 2018 à Metz

Descriptif et présentation

Ce colloque international inscrit dans le programme de recherche Collab, porté par les laboratoires CEMTI (Université Paris 8) et Crem (Université de Lorraine), financé par l’ANR, invite à questionner les plateformes qui font appel à la « foule » poufr produire collectivement des données (crowdsourcing) ou pour financer des contenus (crowdfunding).

Organisé sur deux journées, cet événement sera l’occasion de présenter les principaux résultats  du programme de recherche Collab en les confrontant à d’autres domaines de recherches et aux activités professionnelles actuelles. L’enjeu est d’interroger les effets de démocratisation et de diversification culturelle promis par ces plateformes, les possibles mutations sociales, culturelles et économiques qu’elles dessinent tant en France qu’en Europe ou encore dans les pays des « Suds » (Afrique, Amérique latine).

Les plateformes de production et de financement participatifs deviennent-elles de nouveaux intermédiaires alternatifs ou, au contraire, contribuent-elles au renforcement de logiques industrielles mondialisées, sous couvert de l’empowerment et de la « créativité » des usagers et des citoyens ? Si ces plateformes d’intermédiation sont l’objet de discours prosélytes, laudatifs et positivistes de la part de nombreux acteurs du numérique, elles sont aussi l’objet de discours, de commentaires et d’analyses critiques. Il s’agira alors de mettre ces discours en perspective et de se demander dans quelle mesure les plateformes dessinent, voir transforment, les frontières entre producteurs, financeurs et consommateurs, entre travail et  loisir, entre amateur et professionnel, entre local, national et international, entre médiatisation et journalisme.

Ce colloque réunira une vingtaine de chercheurs en sciences sociales provenant d’universités françaises, québecoises, américaines, britanniques et portugaises ainsi que des professionnels du secteur.

Comité d’Organisation

  •  Loïc Ballarini
  • Vincent Rouzé
  • Jacob Matthews
  • Marc Kaiser
  • Stéphane Costantini
  • Hélène Falgayrette
  • les doctorants du Crem

Lieu et date

les 24 et 25 mai à Metz.

Programme (à venir)

 

 

Journée d’étude « Les industries culturelles à la conquête des plateformes » Jeudi 28 septembre 2017, Institut de la Communication et des Médias – Echirolles (Université Grenoble Alpes)

Depuis quelques années, commentateurs, experts, associations professionnelles et politiques se sont publiquement et ostentatoirement élevés contre l’hégémonie annoncée des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) sur les industries culturelles. Selon cette perspective, ces plateformes seraient le “cheval de Troie” par lequel les industries de la communication et du Web seraient appelées à définitivement dominer les industries culturelles. Pourtant, les rapports entre les unes et les autres sont-ils si monolithiques et si asymétriques ? Rien n’est moins sûr. De nombreux éléments récents manifestent au contraire une réaction des industries culturelles, toutes  filièresconfondues, qui s’adaptent à leur nouvel environnement économique et mettent en place des stratégies à même d’en tirer parti (et profit). On observe en effet une pluralité de positionnements des industries culturelles face aux “nouveaux” entrants que sont les plateformes et il s’agit dès lors d’envisager la complexité et la diversité des relations entre ces acteurs.
Entrée libre sur inscription en ligne :
LIEU
Amphithéâtre Bernard Montergnole
Institut de la Communication et des Médias
11 avenue du 8 mai 1945
38434 Echirolles

 

Colloque « Quel rôle pour le financement participatif dans les mutations de la culture et des médias? » 7-8 septembre 2017, UQAM – Montréal

Le Centre de recherche interuniversitaire sur la communication l’information et la société (CRICIS) en partenariat avec le Projet ANR Collab a le plaisir de vous inviter les 7 et 8 septembre prochains au Pavillon Judith-Jasmin Annexe (JE) de l’UQAM pour le colloque Quel rôle pour le financement participatif dans les mutations de la culture et des médias? Ce colloque se veut un lieu de rencontres intellectuelles rassemblant universitaires du Québec et de l’étranger travaillant sur le financement participatif (crowdfunding), organismes de subvention, acteurs politiques, opérateurs de platesformes et artisans de la culture, réunis pour discuter de la montée du financement participatif au sein de la culture et des médias ainsi que des enjeux socio-économique, politiques et culturels liés au développement de ce mode de financement.

Le compte rendu du colloque et les vidéos des présentations et tables rondes seront bientôt disponible sur le site  : financement_participatif.cricis.uqam.ca

Consultez l’événement Facebook du colloque.

Rapport mission Burkina Faso

Les chercheurs:

  • Stéphane Costantini, docteur en sciences de la communication, ingénieur de recherche ANR Collab / Université Paris 8, chercheur associé au LabSIC, Université Paris 13
  • Linda Hamdi-Kidar, docteur en sciences de gestion, Professeur associée à Toulouse Business School (TBS).LIEU et DATES : Ouagadougou, 11 au 16 décembre 2016Rapport rédigé par Stéphane Costantini

L’objectif de cette mission a été de récolter des données qualitatives sur les acteurs et les usages de dispositifs de financement participatif  au Burkina Faso.

Nous sommes allés à la rencontre de 2 catégories d’acteurs :

A. responsables de structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat – les « incubateurs » – ainsi que leurs porteurs de projets (les « incubés »), utilisant notamment des dispositifs de levée de fonds participatifs pour leurs activités professionnelles. Ces structures se situent en marge de l’économie culturelle à proprement parler, mais sont souvent insérées au sein d’un microcosme mêlant technologie et entrepreneuriat, valorisant fortement les dimensions de créativité et d’innovation (y compris dans leurs modes de financement)

B. Artistes et travailleurs culturels / créatifs « porteurs de projets » ayant utilisé des dispositifs de levée de fonds afin de produire et de diffuser leur offre culturelle (musique, théâtre).

Dans la catégorie A nous avons rencontré :

  • Laure Prin : Chargée d’accompagnement à l’incubateur et espace de coworking « La Fabrique ». Cet incubateur est spécialisé dans l’accompagnement de l’entrepreneuriat social (agro-développement) et a également une activité de consultance. Trois campagnes de crowdfunding ont été réalisées au sein de cet incubateur, et ce, sur des plateformes françaises. Laure Prin vit et travaille au Burkina Faso depuis 2014.
  • Franck Langevin : porteur du projet Faso Soap, incubé à la Fabrique. Ancien manager (spécialisé dans le product management) reconverti dans l’entrepreneuriat social, et associé à un chimiste rwandais installé à Ouagadougou. Franck Langevin a fait une campagne de CF pour financer la R&D d’un savon répulsif pour les moustiques, permettant ainsi de lutter contre le paludisme. https://fr.ulule.com/100000vies/
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Locaux de l’incubateur La Fabrique

Dans la catégorie B nous avons rencontré :

  •  Ibrahim Keita : musicien et entrepreneur (producteur), issu d’une famille de griots mandingues. Ibrahim a décidé de revenir au Burkina Faso après une dizaine d’années passées en France (avec un statut d’intermittent du spectacle, musicien pour le théâtre). A monté sa structure Faso Jam records, un label familial et studio d’enregistrement. Avec sa formation, Ibrahim a monté une campagne de crowdfunding pour financer la production et le pressage de leur deuxième album.

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  •  Aurélie de Plaen : installée à Ouagadougou depuis 2009, administratrice de la compagnie de théâtre le Cartel et du festival « les Récréatrales ». A monté en 2016 une campagne de financement participatif (non aboutie) pour financer une partie de la production du festival qui a lieu tous les deux ans.

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  • Carole Michel : Travailleuse culturelle, spécialisée dans la communication et le graphisme. Travaille également en tant que manageur au sein de Django Diffusion, studio de répétition et d’enregistrement, et structure de production discographique. A mené dans ce cadre une campagne de financement participatif (non aboutie) pour un de leurs artistes (Zanké) afin de financer le pressage de CDs.

Eléments de contextualisation

De prime abord, on ne peut qu’attester du dynamisme des activités culturelles à Ouagadougou, en particulier dans les secteurs de l’audiovisuel, de l’artisanat et de la musique (spectacle vivant). Un aperçu de ce fourmillement d’activités nous a été offert à travers la visite du village artisanal, qui héberge tous les deux ans le Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO), en appréciant l’immense site du FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), deux événements désormais incontournables en Afrique dans leurs secteurs respectifs… ou encore en assistant au festival de film Ciné Droit Libre, festival à dimension régionale (quatre pays d’Afrique de l’Ouest), promue par la plateforme de WebTV burkinabè Droit Libre TV. Il faut reconnaître que le Burkina Faso bénéficie d’un patrimoine matériel et (surtout) immatériel extrêmement riche : à la soixantaine de groupes ethniques possédant chacune sa propre langue et ses dialectes, ses pratiques et coutumes traditionnelles, s’ajoute le fait que le pays se trouve géographiquement au carrefour de l’Afrique de l’ouest, partageant ses frontières avec 6 pays (Mali, Niger, Côte d’Ivoire, Ghana, Benin et Togo).

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Le village artisanal de Ouagadougou

Ce dynamisme peut tout de même étonner compte tenu du contexte politique et sécuritaire particulièrement complexe ces dernières années :

Renversement populaire du Président Blaise Compaoré en 2014, suite au mouvement civil « balai citoyen », et laissant place à un gouvernement transitoire ; putsch militaire avorté de septembre 2015, puis élections en novembre 2015 de Roch Marc Christian Kaboré ; attentat du 15 janvier 2016 au restaurant Le Cappuccino et l’hôtel Splendid… La capitale conserve encore les stigmates de ces troubles, notamment le bâtiment de l’Assemblée Nationale Burkinabè, incendié en octobre 2014 et laissé à l’abandon. Ces éléments constituaient à notre sens autant de facteurs rédhibitoires au maintien et au développement d’activités culturelles à Ouagadougou, tant du point de vue des institutions organisatrices que des nombreux sièges régionaux des organisations de coopération culturelle bilatérales ou internationales.

Dès lors, et avant de pouvoir analyser les retranscriptions des entretiens réalisés, il nous a paru important de mettre en contexte les premières observations avec les études préexistantes dans le domaine des industries culturelles et du numérique.

Industries Culturelles et TIC au Burkina

Un rapport publié en 2012 par le Bureau burkinabè d’études et d’appui conseil (BBEA), et commandité par le Ministère de la culture Burkinabè et l’UNESCO, apportent dans ce cadre quelques informations précieuses.

En 2009, les industries culturelles du Burkina Faso représentent 2,02 % de son produit intérieur brut, et concernent 1,78 % des emplois du pays (164 592 emplois directs, 63 000 emplois indirects, dont 74% dans l’artisanat et les arts appliqués). Si l’économie du Burkina Faso est principalement portée par le secteur agricole, le secteur tertiaire est en forte augmentation et, selon l’étude, représente le plus important en termes de contribution à la formation du PIB : 46,4% en 2009 (contre 38,5% en 99).

Sur le plan de la contribution du secteur culturel à l’économie, l’étude estime à 505 millions de FCFA (770K€) pour le secteur formel, 330 MFCFA (500K€) secteur informel, et 64MFCFA (100K€) pour le secteur associatif. La valeur ajoutée des filières culturelles dans son ensemble est estimée à 79, 6 Milliards de CFA (120 M€).

D’après ces estimations, on observe que le secteur informel (qui est donc pris en compte) représente une part non négligeable des activités culturelles, ce qui conforte l’affirmation de Christiaan de Beukelaer selon laquelle ”Informal economies are a field of action that should be understood as a vital constituent of fragile and emerging cultural industries, and not as a problem that needs to be overcome at all cost.” (De Beukelaer, 2012, p. 110).

Par ailleurs, le rapport confirme nos premières impressions sur le terrain, à savoir que l’artisanat, la musique enregistrée et l’audiovisuel sont des filières ouvertes, dynamiques et bénéficiant des TIC. Les fonctions dominantes en termes d’emploi sont de celles de mise sur le marché du produit culturel (e.g. promotion, marketing, distribution et vente, 60% des travailleurs de la filière), bien avant les fonctions de création et de production (30 à 40% des travailleurs).

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Un disquaire ouagalais

Ce dynamisme est accompagné par une offre de contenu télévisuels et radiophonique en fort développement : entre 1999 et 2010, passage de 52 à 112 radios (radio associatives, confessionnelles et commerciales), et de 3 à 14 chaînes de TV.

D’autre part, la filière du spectacle vivant ne semble pas en reste, le rapport dénombre pas moins de 70 manifestations culturelles réparties sur l’ensemble du territoire (6 publiques et 64 privés et associatives) (BBEA, p. 42).

Les industries de la communication accompagnent et encouragent la vitalité du secteur, les contenus musicaux, radiophoniques et audiovisuels étant de plus en plus consommés sur internet, notamment via les terminaux de téléphonie mobile. Le développement des réseaux mobiles, de l’offre téléphonique et du nombre d’abonnés est en effet considérable : plus de 14,5 millions d’abonnés (sur une population de 17 millions), pour une télédensité globale annuelle passée de 37% à 78% entre 2010 et fin 2015 (ARCEP Burkina Faso, 2016). Près de 3 millions d’appareils mobiles sont désormais connectés à internet (dont 15 000 via l’internet filaire, en forte baisse depuis l’arrivée des offres mobiles), chiffre ne devant toutefois pas masquer les grandes disparités entre la capitale et les sous-régions, moins couvertes par la 2G et la 3G. 3 opérateurs se partagent ce marché en plein essor : L’opérateur historique Onatel (47% de parts de marché – PDM), détenu depuis 2006 par Maroc Telecom, sous le nom Telmob ; Airtel Africa (36% de PDM), filiale du groupe Indien Bharti Airtel – le réseau venant d’être racheté par Orange début 2017 ; et Telecel Faso SA (17% de PDM), seul opérateur national, détenu par l’homme d’affaires burkinabé, Apollinaire Compaoré.

Sur le plan du financement de ces filières, on peut noter que le secteur est soutenu de façon croissante (quoique relativement modeste) par l’Etat dont le budget alloué au ministère de la culture est en hausse : de 3,7Md de FCFA (5,6 millions d’€) en 2007 à 7,6Md (11,5 millions d’€) en 2010.

Toutefois, le rapport note que les dépenses d’investissement sont en baisse, et dans ce domaine l’apport des institutions de coopération bilatérales (Institut Français, Wallonie Bruxelles, Prins Claus, Institut Goethe, Danida, Norad, Africalia, etc.) et multilatérales (Union Européenne, OIF) apparaît toujours important
 (1 milliard de FCFA par an). Aussi, et comme le rapporte de Beukelaer (2012), 71,71% des financements en direction de ces organisations culturelles proviennent de l’extérieur du pays. Et si ces financeurs extérieurs sont de prime abord perçus comme bénéfiques pour le développement des industries culturelles burkinabés, leurs rôles et objectifs propres n’en restent pas moins ambivalents. D’une part, car comme le note le rapport susmentionné : « Les bailleurs de fond sont principalement l’Etat et les coopérations bilatérales et multilatérales qui, souvent, imposent leur vision de la culture à travers leur financement (BBEA, 2012, p. 36). D’autre part, remarque de Beukelaer, car la plupart de ces financements sont en mode projet, les dossiers de candidature nécessitant des bilans détaillés, et favorisent donc ceux possédant un capital social et culturel reconnu, ce qui a tendance à renforcer leur position dominante (de Beukelaer, 2012, p. 111) et limiter l’arrivée de nouveaux entrants.

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Place des Nations Unies, Ouagadougou

Comme nous l’ont également confirmé les deux interviewés travaillant dans les domaines artistiques et culturels (filières de la musique enregistrée et du spectacle vivant) : les financements en amont de la production sont difficiles à obtenir pour les petites structures, et l’accès au crédit bancaire s’avère, en pratique, quasiment impossible ; le domaine de la culture étant perçu « comme peu rentable si bien que les privés et autres sponsors nationaux ne s’y risquent pas trop) (BBEA, 2012, p. 36).

Enfin, les principaux sponsors dans la filière du spectacle vivant (téléphonie mobile et télévision), apparaissent également hors de portée de la majeure partie des acteurs nationaux, ces sponsors ne prenant part qu’aux événements de grande envergure.

Le crowdfunding au Burkina Faso : des usages embryonnaires et une adaptation difficile

Ce contexte de carence en financements traditionnels apparaît alors à première vue comme relativement favorable au développement du financement participatif, compte tenu de la popularité des produits et événements culturels nationaux, du dynamisme et de l’esprit entrepreneurial régissant le monde de la culture Burkinabé, mais aussi de la connectivité croissante de la population à internet. Les personnes interviewées sur le terrain ont pu nous confirmer cet attrait grandissant pour internet et les réseaux sociaux, en désignant Facebook comme principal canal pour leurs activités communicationnelles, en particulier dans le cadre des activités culturelles, et en témoignant de l’appropriation publique de ce réseau socionumérique tant par les entrepreneurs culturels que des usagers burkinabés, notamment depuis la fin du régime de Blaise Compaoré, qui aurait fait office de « déclic » dans la prise de parole publique sur les réseaux sociaux.

Le terrain Burkinabé apparaît d’autant plus favorable à l’implantation du crowdfunding car à l’instar d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, on peut remarquer la persistance forte de systèmes économiques mutualisés, appelés « tontine » (Sénégal, Mali) ou « cotisations » (Cote d’Ivoire, Cameroun), basée sur la participation de la famille et des proches. Ces formes vernaculaires de financement participatif permettent à ses participants de bénéficier à tour de rôle d’un apport financier conséquent leur permettant de répondre à des besoins ponctuels (soins médicaux, financement de fêtes religieuses, lancement d’une entreprise…).

Il convient toutefois de remarquer que l’absence de plateforme dédiée dans le territoire (tout comme dans celui de la CBEAO) a poussé la totalité des porteurs de projets interrogés à recourir à des plateformes étrangères, et plus précisément, françaises (Ulule et KissKissBankBank), se retrouvant confrontés à une double difficulté :

  • Le paiement par carte bancaire est inaccessible à la majorité des Burkinabés, dont le taux de bancarisation est inférieur à 15%.
  • Pour les projets dont le public de contributeurs se trouve en France, la mobilisation des internautes à distance peut apparaître comme fastidieuse et nécessite impérativement la formation préalable d’un réseau de soutien professionnel ou amical.

Au regard de ces difficultés, en particulier la première qui s’avère fortement désavantageuse pour la mise en place d’une campagne au niveau local, on a pu constater à deux reprises parmi les projets étudiés, une stratégie de contournement du dispositif des plateformes et l’utilisation, en parallèle, des systèmes locaux de paiement par mobile, notamment via l’application Airtel Money, de l’opérateur télécom Airtel. Toutefois, l’utilisation du paiement par mobile en remplacement du système « classique » par transfert bancaire s’avère peu coordonné avec la campagne de crowdfunding ; la mise en place de cette stratégie parallèle se faisant suite aux retours de certains « fans » ou relations des porteurs de projet, manifestant leur frustration de ne pas pouvoir contribuer à la campagne de financement participatif.

Par ailleurs, le fait que le financement participatif sur internet se trouve à un stade très embryonnaire en Afrique subsaharienne explique en grande partie que ce système ne soit utilisé uniquement (à notre connaissance) que par des porteurs de projets ayant eu des liens avec le milieu culturel occidental (ici, des personnes originaires de France ou y ayant séjourné plusieurs années).

Quant aux facteurs qui motivent le recours à ce type de campagnes de financement participatif, s’ils feront ultérieurement l’objet d’analyses plus poussées, on peut d’ores et déjà détecter deux principaux objectifs expliquant le recours au crowdfunding :

  • Dans le secteur culturel, ces campagnes servent principalement à compléter le financement en fonds propres ou des aides des financeurs externes. Dans le cadre du financement de la production d’enregistrements musicaux, les campagnes s’apparentent fortement aux usages relevés en Europe, le crowdfunding se confondant avec un système de prévente (la contrepartie principale étant le produit fini).
  • Pour les projets émanant des incubateurs, le financement participatif s’insère davantage dans une stratégie plus large de levée de fonds auprès de partenaires/financeurs plus variés. Dans ce cadre, le rôle des campagnes de crowdfunding apparaît plus communicationnel, dans la mesure où il permet de lever d’autres fonds en justifiant l’intérêt d’une clientèle préexistante, ou encore la prise de conscience (awareness) d’un public vis-à-vis d’une cause.

Toutefois, la portée très limitée de ces campagnes vis-à-vis de la population burkinabé laisse présumer que la situation sera amenée à évoluer à court terme. Et ce, probablement au détriment de l’utilisation des plateformes étrangères, peu en phase avec le fonctionnement de l’économie locale. Sur ce plan, l’extension progressive de systèmes de mobile money et de transfert à distance mis en place par certains opérateurs, essayant d’étoffer leur offre de services en Afrique de l’Ouest – notamment Orange, avec les services Orange money et Orange Collecte – déjà présents au Mali, Sénégal et Côte d’Ivoire, mais aussi Onatel avec le service Mobicash, pourraient se présenter comme des solutions crédibles d’intermédiation…

Les usages locaux encore tout à fait balbutiants dans ce domaine appellent néanmoins à la prudence quant au développement d’un financement participatif entièrement dématérialisé. En attendant des analyses plus poussées suite aux retranscriptions des entretiens réalisés, les premières synthèses des autres terrains effectués en Afrique Subsaharienne font présager que cette économie de start-ups en développement suit une trajectoire encore fort incertaine, gouvernée par la création d’usages « innovants » hypothétiques dont l’actualisation massive reste toujours en suspens.

Éléments bibliographiques