Enquête sur les usages du Crowdsourcing et du Crowdfunding (partie 2) – Les porteurs de projets. par V Rouzé et S. Costantini

Accès direct :
Partie 1 (internautes)
Partie 3 (contributeurs)

Focus : Porteurs de projets

Introduction

Cette seconde partie du questionnaire (Voir la présentation et le protocole de l’enquête ici) visait précisément à connaître et comprendre les pratiques, les motivations et l’opinion des porteurs de projet. Si les plateformes donnent à voir de nombreuses données telles que les catégories de projets, leur taux de réussite, les montant demandés, elles ne disent pas grand chose sur les pratiques « externes » des porteurs de projets. Nous avons mené des entretiens préalables avec des porteurs de projets, ce qui nous a permis d’esquisser quatre types de profils. (Amateur, Professionnel, Carriériste, Socio-professionnel).

L’enjeu de ce questionnaire était d’obtenir une systématisation plus large validant les entretiens sélectifs sur ces pratiques; Nous nous sommes ainsi interrogés sur les raisons qui poussent à choisir telles ou telles plateformes, quelles sont les activités menées en amont et en aval du projet, quel temps lui était consacré, quelles compétences étaient requises… L’enjeu est ici de croiser ces données avec d’autres recherches menées sur les motivations des contributeurs dans le cadre de réponses à projets englobés sous l’étiquette parapluie de « crowdsourcing ».

Qui sont les porteurs de projets?

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le panel de répondants à cette partie de l’enquête est constitué à 61% de femmes et 39% d’hommes, d’un âge médian de 35 ans. On retrouve chez les porteurs de projets interrogés une majorité d’employés, de cadres et de professions intermédiaires. Contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, peu de professions libérales ou indépendants/demandeurs d’emploi en reconversion s’engagent dans le montage d’une campagne de CF.

Le choix des plateformes ?

Q23

Une grand majorité des répondants (62%) ont utilisé les deux grandes plateformes françaises Ulule et KissKissBankBank. Ulule à elle seule domine avec 36% des projets. A noter la présence non négligeable de la plateforme Kickstarter (16%) dans les campagnes, alors que celle-ci est largement méconnue de l’ensemble des internautes français interrogés (8%).

Les raisons mises en avant pour justifier le choix de la plateforme concordent avec cette répartition : recommandation de l’entourage (38%) et renommée de la plateforme (37%). Elles renforcent les effets de réseaux (winner takes all) propres aux plateformes numériques sur internet.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Avec un taux de réussite de 43%, le panel interviewé se place dans la moyenne des études déjà réalisées sur le CF.

En accord avec les précédentes enquêtes sur le CF, les principaux financeurs sont la famille/proches et les connaissances du porteur de projet – soit les deux premiers cercles sociaux directement mobilisables par ces derniers, le « troisième cercle », constitué de personnes inconnues, reste relativement intouché, ne comptant en majorité que pour 10 à 20% des financements. Les institutions sont très largement absentes des financements de ces campagnes, ou ne financent qu’à la marge les projets concernés ici.

Investissement et travail

Temps passé

Q28-vstx reussite

Le temps consacré à la campagne (de sa préparation à sa communication) excède généralement 5 heures par semaine, en particulier pour les campagnes qui ont été fructueuses. On perçoit ici l’aspect particulièrement chronophage des campagnes. Presque 30% des campagnes qui ont réussi ont ainsi nécessité l’équivalent d’un mi-temps de travail hebdomadaire. A L’inverse, on remarque que 54% des campagnes qui ont bénéficié de moins de 5 heures par semaine ont échoué.

Compétences et nouvelles compétences

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La tenue d’une campagne de CF nécessite de nombreuses compétences, en tête desquelles figurent les compétences communicationnelles et organisationnelles. Une partie (relativement faible) des répondants ont par ailleurs reçu de l’aide des plateformes pour mener à bien leur campagne, notamment de l’assistance informatique et graphique pour la mise en place et la présentation du projet sur les plateformes.

Quelques-unes ont pu également bénéficier d’un mise en avant du projet sur la plateforme, ou de la mise en relation avec un de leurs partenaires, pratique de plus en plus en vogue chez les plateformes dominantes afin de maximiser la réussite de certains projets, mais également les retombées communicationnelles de la plateforme (par « promotion croisée »). Dans le graph ci-dessus, on perçoit combien ce type d’aide peut être décisive dans la réussite d’un projet, et par la même occasion, l’importance des choix éditoriaux de la plateforme.

Des guides et des kits : un exemple à suivre?

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

On perçoit en filigrane la nécessité des compétences communicationnelles, notamment dans le montage et l’édition de vidéos. Aussi, 69% des porteurs de projets n’ayant pas obtenu les fonds sollicités n’ont également pas produit de vidéos pour communiquer sur leurs projets. A l’inverse 58% ayant réussi leur campagne ont effectivement crée des vidéos, ce qui tend à montrer d’une part l’utilité des vidéos comme support de communication, mais également les divergences de perception ex-ante quant à l’utilité effective de ces vidéos.

On voit également qu’une grande partie des répondants ont dû avoir recours à un guide ou à l’aide d’autres personnes afin de mener leur campagne, ce qui renforce l’hypothèse de la nécessité de compétences spécifiques (principalement communicationnelles et organisationnelles), que les porteurs de projets ne possèdent pas toujours…

La logique du don-contre/don en question

Globalement, les contreparties sont perçues comme utiles pour les porteurs de projet, ce qui peut indiquer la prévalence du modèle du don/contredon pour les campagnes de financement participatif, ou de son utilisation comme un système de pré-vente par les porteurs de projet.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Par ailleurs, les avis apparaissent plutôt partagés quant à la propension du crowdfunding à produire de la sociabilité dans le cadre personnel ou professionnel. Ce point rejoint la question précédemment évoquée sur les cercles sociaux principalement mobilisés dans le cadre de leur campagne de crowdfunding : la majorité des porteurs de projet ayant fait appel dans ce cadre à leur proches ou à des connaissances, mais ayant peu ou moins réussi à mobiliser un « troisième cercle » d’internautes inconnus, on comprend mieux la tendance mitigée de ces derniers à élargir leur réseau grâce aux vertus supposées (ou du moins prétendues) du financement participatif.

Une expérience à renouveler?

Enfin, on peut percevoir, par le biais de ce dernier diagramme, que les volontés de financement via le crowdfunding apparaissent comme relativement faibles a posteriori (sachant que les contributeurs seraient prêts à 83% à faire financer un projet via le CF).

 

Partie 3 (contributeurs)

Publicités