Synthèse à mi parcours

Conformément au calendrier du programme Collab, le travail mené durant ces 18 premiers mois a poursuivi trois objectifs principaux, validés en assemblée plénière, amendés en réunion de directeurs d’axe puis déclinés en tant que tâches spécifiques par chaque équipe dans le cadre de réunions restreintes.

Jalon 1. État des lieux de la littérature (Tâches 1, 2, 3, 4). Ce travail a consisté à repérer puis recenser les articles/ouvrages abordant le crowdsourcing et le financement participatif dans le domaine culturel à partir de mots clés collectivement déterminés.

Majoritairement traitée par les sciences de gestion, l’économie et la sociologie, cette problématique fait ressortir une majorité de publications anglo-saxonnes. S’y ajoutent depuis quelques années, des publications francophones.  Leur objectif est généralement de montrer l’intérêt du financement participatif à la fois pour les particuliers mais aussi et surtout pour les entreprises, tant sur le plan de l’intégration de ces dispositifs dans leurs stratégies de fonctionnement (Tâche1) que sur le plan de l’investissement (mécénat en particulier, Tâche4). A l’issue de ces lectures, il ressort des catégorisations hétérogènes différentes selon les auteurs et les pays (don/prêt/investissement, ou encore peer to peer/reward/equity/lending based) ainsi qu’une distinction assez floue entre crowdfunding et crowdsourcing, le premier constituant souvent une composante du second.

S’agissant plus spécifiquement des tâches 2-3, notre revue de la littérature a pris acte de la quasi absence de travaux scientifiques sur le financement et la production collaboratifs dans les pays du Sud mais aussi de travaux spécifiques portant sur les modalités de médiatisation et leur intégration par les médias. Constat assez identique concernant les motivations “réelles” qui animent la participation des porteurs de projets et des financeurs à ce type de dispositif (Tâche1). Enfin, la littérature française et internationale portant le mécénat culturel comme forme de communication pour les institutions publiques est quasi inexistante, tandis que celle portant sur les institutions muséales n’aborde pas la nouvelle forme de participation qu’est le mécénat individuel.

Jalon 2. État des lieux des plateformes (Europe, Afrique subsaharienne, Amérique latine, États-Unis). Ce travail de recension s’est construit sur la base de 17 critères (naissance, statut juridique, partenariats, sommes collectées, capital, nombre de projets proposés/financés…). Il a été réalisé par les quatre terrains en fonction de leurs thématiques propres.

  • Tâche 1 : Logiques d’intermédiation, rôles et stratégies d’acteurs (Dir. V. Rouzé)

Sur soixante-dix plateformes proposées, une trentaine de plateformes culturelles actives ont été recensées en France. Sur ce marché en pleine maturation, deux acteurs majeurs (KKBB et Ulule ) émergent (nombre de projets/sommes collectées). Ils se caractérisent par leur caractère culturel généraliste. Parallèlement, nous observons le développement de plateformes thématiques de niche (cinéma, musique, jeux vidéo, associations…) s’appuyant sur les concepts de communautés d’intérêts, de proximité et d’expérience, développant des dispositifs juridiques (SAS) et économiques (partenariats, capital, % des  transactions)  assez similaires. Vient enfin le développement de plateformes spécifiques, outils stratégiques proposés et intégrés par les industries culturelles.

  • Tâche 2: Dispositifs internationaux et diversité culturelle (Dir. J.Matthews))

Une quarantaine de plateformes ont été recensées en Afrique subsaharienne et un nombre équivalent en Amérique latine. S’agissant du premier grand terrain, seul un tiers des structures sont techniquement et administrativement basées sur le continent africain, des initiatives de membres de diasporas implantés en Occident occupant une place significative, au côté de plateformes européennes ou nord-américaines dirigés vers le financement ou la réalisation de projets sur ce grand terrain. En Afrique subsaharienne, nous avons recensé sept plateformes spécifiquement positionnées dans le domaine culturel/créatif, le reste étant orienté vers des projets solidaires/entrepreneuriaux.

On observe cette même caractéristique en Amérique latine, où l’instabilité des structures semble constituer un autre facteur significatif. Contrairement au terrain africain, on y assiste à l’éclosion de stratégies transnationales plus affirmées, ainsi qu’à plusieurs tentatives d’implantation sur des marchés du Nord. Notre état des lieux a également permis le recueil de données sur les statuts légaux des plateformes, leurs business models et revenus, ainsi que sur les montants moyens des levées de fonds et les ratios projets financés / hébergés. Ce recueil de données se poursuit et sera affiné dans le cadre des missions sur les différents terrains.

  • Tâche 3 : Plateformes collaboratives et représentations médiatiques (Dir. L. Ballarini)

Il existe très peu de plateformes spécifiquement dédiées aux projets médiatiques. En France, J’aime l’info et Presse et Pluralisme reposent sur un modèle semblable, celui du don ponctuel ou mensuel, destiné à financer le média en lui-même (les deux plateformes) ou un projet particulier d’enquête ou de reportage (J’aime l’info). Les dons destinés aux médias d’information générale et politique ouvrent droit à défiscalisation. Cependant ces plateformes accueillent peu de médias, et la plupart des projets sont présentés sur des plateformes généralistes, certaines ayant d’ailleurs créé une rubrique médias/journalisme.

  • Tâche 4 : Transformation des politiques publiques (Dir. M. Kaiser)

Les plateformes relevant directement d’institutions culturelles sont rares (Tousmécènes, MaPierreàl’édifice). Certaines de ces dernières ont jusqu’alors surtout fait appel à des acteurs externes (MyMajorCompany, KickStarter) pour mener à bien leurs projets culturels. D’autres proposent directement sur leurs sites de faire des dons. Seules quelques plateformes se tournent spécifiquement vers la création artistique et à la découverte culturelle (Proarti, Culture Time) selon une logique relevant davantage du mécénat culturel pouvant ouvrir à une defiscalisation.

Jalon 3. Enquêtes de terrain. Le troisième jalon consistait à préparer les différentes enquêtes de terrain qui se poursuivent tout au long de la seconde année. Une grille d’entretiens commune a été produite, ainsi que des déclinaisons spécifiques aux différents terrains, validées en réunions d’axe.

  • Tâche 1 : Logiques d’intermédiation, rôles et stratégies d’acteurs (Dir. V. Rouzé)

Les premiers entretiens menés avec des porteurs de projets, dans la continuité de nos travaux précédents, montrent des motivations et des intérêts différents (communication, valorisation professionnelle, financement d’une partie du projet…), mais aussi des démarches en voie de normalisation  initiées par les plateformes. Les motivations des financeurs restent un point à enquêter plus en profondeur car dépendant du projet, de l’appartenance à une communauté…  Des entretiens ont été menés auprès des acteurs des 4 plateformes Françaises (KKBB, Ulule, MMCC, Kickstarter) et une dizaine d’entretiens préparatoires thématiques individuels planifiés (littérature, musique, publicité, BD)et se poursuivront en 2016 en corrélation avec la création d’un questionnaire à destination des différents acteurs des plateformes.

  • Tâche 2: Dispositifs internationaux et diversité culturelle (Dir. J.Matthews))

Sur le grand terrain latino-américain, une série d’entretiens préliminaires a été réalisée en Colombie, auprès d’un fondateur de plateforme. En août et septembre 2016, trois missions de sept jours sont prévues : en Argentine, en Mexique et au Brésil. Des contacts préliminaires ont été pris en Afrique du Sud en vue d’une mission de douze jours fin 2016, tandis que la présence au Sénégal de notre ingénieur de recherche a permis de baliser les missions qui se déroulent à partir de juin 2016 dans ce pays, ainsi qu’au Ghana et au Burkina Faso.

  • Tâche 3 : Plateformes collaboratives et représentations médiatiques (Dir. L. Ballarini)

Le repérage des plateformes ainsi que des campagnes de crowdfunding passées et en cours a permis de mesurer la diversité des manières de recourir au financement participatif par le champ médiatique. Celles-ci touchent à la fois différentes échelles et différentes finalités : le crowdfunding peut en effet être mobilisé pour financer, en tout ou partie, un article, une série de reportages, un projet de développement (bimédia, site internet…) ou un média de façon globale. Il peut s’agir de projets nouveaux, de renforcement de projets plus anciens, ou d’actions « de sauvetage », quand la survie d’un média est menacée pour des raisons économiques. Enfin, les démarches sont elles aussi très différentes et relevant de positionnements (économiques et éthiques) parfois opposés : si une frange de médias revendiquent une indépendance rédactionnelle conquise ou renforcée grâce à l’autonomie financière apportée par le crowdfunding, d’autres en appellent à des logiques de start-ups souhaitant proposer des produits innovants sur des marchés très dépendants de solutions technologiques de plus en plus complexes. Certains choisissent également de ne pas utiliser le terme de crowdfunding, faisant référence aux pratiques plus anciennes de souscription qui ont une longue histoire, notamment dans la presse écrite.

  • Tâche 4 : Transformation des politiques publiques (Dir. M. Kaiser)

Le recensement des institutions culturelles menant des campagnes de financement en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis a montré que des plateformes tierces ont d’abord été mobilisées. Cette logique d’externalisation est maintenant délaissée au profit de la création de leur propre interface permettant de faire des dons. Deux problématiques sont alors apparues : il s’agit moins de plateformes d’intermédiation que de simples outils (de communication) pour réaliser des collectes (si TousMécènes répond aux critères d’une plateforme, c’est moins le cas pour Ma Pierre à l’Edifice du Centre National des Monuments de France ou encore pour la Fondation du Patrimoine) ; et les investissements particuliers relèvent moins du financement participatif que du mécénat « participatif »/« populaire ». Afin d’appréhender plus profondément les logiques en œuvre (désengagement des pouvoirs publics, bénévolat, etc.) et les discours de légitimation (engagement citoyen, « mécénat citoyen », « nouveau management public », etc.), les projets portés par des collectivités territoriales sont également pris en compte aux côtés des nouveaux usages liés aux musées 2.0.

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